L'exposition permanente
de l'Affaire Dreyfus

L’exposition permanente consacrée à l’affaire Dreyfus que présente la Maison Zola/Musée Dreyfus est plus qu’une mise en espace narrative ayant pour objectif de « dire » et de «montrer » l’Affaire. La Maison Zola/Musée Dreyfus est bien sûr un musée d’histoire narrant l’événement à travers un parcours de documents, textuels et visuels, mais elle est avant tout un musée du présent L’exposition permanente consacrée à l’affaire Dreyfus que présente la Maison Zola/Musée Dreyfus est plus qu’une mise en espace narrative ayant pour objectif de « dire » et de «montrer » l’Affaire.

La Maison Zola/Musée Dreyfus est bien sûr un musée d’histoire narrant l’événement à travers un parcours de documents, textuels et visuels, mais elle est avant tout un musée du présent non seulement en vertu de cette évidence que le passé et sa connaissance éclairent le futur mais encore tant les questions que pose l’Affaire demeurent actuelles. « Dire » et « montrer » l’Affaire, c’est donc aussi s’interroger sur les questions vitales de la tolérance, de l’altérité, des droits des hommes et des femmes, de la laïcité, de la République et du rôle qui peut y être celui du citoyen et, comme le dit Pierre Bergé :

« De [la] lutte contre le racisme et l’antisémitisme, d[u] combat pour la justice et pour l’égalité ».

Le Président de la République inaugure le Musée Dreyfus

Allocution d’Emmanuel Macron, Président de la République

INAUGURATION DU MUSÉE DREYFUS

26 OCTOBRE 2021

Merci infiniment pour votre accueil. Je remercie Madame le Maire, merci de votre accueil dans la Commune. Je veux remercier l’ensemble des parlementaires ici présents et qui nous ont accueillis, avec les ministres, la ministre de la Culture qui était à nos côtés jusqu’à il y a un instant. Je veux saluer la présence du Premier ministre Manuel Valls, toujours de ces combats pour la vérité et la justice. Je veux remercier Madame la Présidente du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil départemental, l’ensemble des élus ici présents, le grand rabbin, le Président du Consistoire centre israélite, félicitations aussi pour cette récente élection, et le Président du CRIF, et Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités.

D’abord, merci beaucoup pour la formidable visite que nous venons d’effectuer. Cher Louis Gautier, vous l’avez rappelé, mais nous étions ravis d’être là et donc merci beaucoup, Madame Martine Le Blond-Zola, de nous avoir pas simplement ouvert les portes, mais transmis votre formidable enthousiasme. Je dois dire que Zola a beaucoup de chance d’avoir dans sa famille une présence aussi enthousiaste et porteuse à la fois, pas simplement de ses valeurs, mais de son intimité profonde. Et nous étions très heureux, Monsieur Charles Dreyfus, d’être à vos côtés dans ce musée, vous qui êtes le dernier encore à avoir des souvenirs vivants.

Alors, vous l’avez dit et je commencerai par là. Cher Louis, Monsieur le Président, je veux commencer par les remerciements pour celles et ceux qui ont rendu tout cela possible. Et je vais commencer par vous, parce que vous vous êtes beaucoup battu. Et donc merci pour le combat qui est le vôtre comme Président de l’association Maison Zola-Musée Dreyfus. Je veux remercier évidemment aussi toute la famille et tous celles et ceux qui vous accompagnent, le Directeur et l’ensemble des parties prenantes qui nous ont accompagnés, remercier les ministères, la Culture, les Armées, la DILCRAH pour le financement de ce projet, la Région Île-de-France qui a joué un rôle important, le Département des Yvelines et puis, vous l’avez évoqué, la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, Madame Lily Safra et la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

En ce lieu, nous retrouvons plusieurs histoires et ces histoires, je trouve, après le parcours, je dirais, presque sensible, intime que nous venons de faire, montre combien elles sont inséparables.

D’abord, c’est à travers le parcours d‘intimité de la vie d’un de nos génies littéraires qu’est Zola, un parcours au sein de la littérature française, de notre culture, de ce qu’est notre nation qui n’existerait pas sans celle-ci, d’une littérature qui a irrigué la fin du 19ème siècle, le début du 20ème siècle, qui a été au cœur d’un grand mouvement littéraire, à la confluence aussi de plusieurs mouvements picturaux, mais nous savons bien le rôle que Zola a joué dans la naissance, la maturité des impressionnistes, dans aussi une littérature réaliste, dans son compagnonnage avec beaucoup d’autres auteurs, mais par sa littérature propre, il est au cœur de ce que la vie de notre nation a porté.

La France ne serait pas la France sans sa langue, sans ses auteurs, sans sa littérature. Et parcourir ainsi cette maison qui jalonne, si je puis dire, par sa construction même, les succès littéraires successifs de Zola, c’est se replonger dans cette histoire sensible, mais aussi dans les romans qui nous ont accompagnés, dans ces livres si essentiels qui nous font et continuent de peupler notre imaginaire.

Mais Zola, c’est aussi une vie de combats pour lesquels il a pris des risques fous et en particulier l’Affaire Dreyfus et qui est un combat éminemment républicain, consubstantiel à la République, un de ces combats par lesquels d’ailleurs la République est devenue pleinement elle-même alors que durant ces décennies, elle était encore bousculée, elle vacillait parfois. Je le dis, parce que trop souvent, on voudrait séparer la France de la République, oubliant que la République a aussi fait la France, mais qu’elle est aussi née bien avant la Révolution française, des idéaux que notre nation portait elle-même. On ne peut pas écrire sans Zola, sans avoir ses indignations, sans mener ses combats et sans les porter.

Et donc, il y a, résumés dans cette maison et dans ce musée, ce qui est inséparable entre ce qui fait la nation française et les combats pour la République française, des idéaux, un amour de la langue et ce goût pour la vérité et la justice. Avec ce musée, cher Président, vous avez là aussi réparé une nouvelle injustice, puisque c’est le premier musée qui sera complètement consacré, pas simplement à l’affaire, mais à la vie, à la carrière, à ces combats, à cette période de la République et de notre nation, avec des archives sonores extraordinaires puisque c’est aussi ici que vous pourrez entendre la voix de Dreyfus, au-delà de tous les documents absolument inestimables qui se trouvent dans ce musée.

Et ce faisant, vous redites aussi, et nous remarquons tous et toutes, l’importance de ce destin si particulier, du destin de cet homme, de cette famille qui a subi le pire, l’injustice évidemment, mais l’humiliation, le silence, l’isolement, l’humiliation publique et privée la plus intime et qu’il a subie bien longtemps après. Rien ne réparera ces humiliations faites, rien ! Mais ne les aggravons pas en les laissant oublier, aggraver ou répéter. Et ce musée joue un rôle essentiel parce qu’il est aussi un acte de transmission.

Et je veux vraiment vous remercier, parce que ce qui est fait ici aujourd’hui, les combats que vous portez, que ce soient des combats littéraires, politiques, familiaux ou civiques, ce seront des combats pour la vérité, la justice et l’humanisme dont parlait Zola.

Et vous évoquiez en effet cette Lettre à la jeunesse, il en a écrit plusieurs. Celle de 1897 se termine par ces mots, alors même que Zola exprimait surprise, blessure et agacement d’être attaqué par quelques jeunes, qui n’étaient pas si nombreux, mais c’était là qu’ils venaient protester contre le combat qu’il menait. Il finissait par cet appel positif. Mais surtout, il disait tout de la transmission d’une génération à l’autre, considérant que ça n’était pas à lui de mener ces combats pour la justice, la vérité et l’humanisme, mais à ces jeunes qui étaient là dans la rue et auxquels il ne fallait rien céder.

Alors, je le dis à tous les jeunes qui sont là aujourd’hui et à tous celles et ceux qui viendront dans cette maison, dans ce musée : n’oubliez rien de ces combats passés parce qu’ils vous disent et vous répètent que le monde dans lequel nous vivons, que notre pays, comme notre République ne sont pas des acquis. Ils sont le fruit de combats essentiels. Ils sont le résultat de vies de femmes et d’hommes sacrifiés dans des guerres, mais parfois dans des combats oubliés, intimes, dans des batailles comme celles que Dreyfus et Zola ont menées et tous celles et ceux qui les ont accompagnés. Notre devoir, c’est de transmettre ces combats, mais avec eux, la force d’âme qu’il faut avoir pour les mener. Je sais que vous toutes et tous qui êtes là aujourd’hui avez cette force d’âme. C’est ça qui fait la France, c’est ça qui fait la République française. C’est ça qui les rend inséparables, parce que notre pays est fort de tous ces combats successifs et ce ceux que nous aurons à livrer.

Donc, merci infiniment d’avoir permis et de permettre pour les jeunes générations et celles qui viennent de continuer à faire vivre Zola, son œuvre et tout ce qu’il a apporté et continue d’apporter à la langue et à la littérature française, mais aussi ses combats et celui pour Dreyfus, et en même temps de contribuer à réparer cette injustice si longue en inculquant ce sens de l’humanisme, de la justice et de la vérité ainsi transmises.

Merci à toutes et tous. Et vive la République, vive la France !

Discours de Louis Gautier, président de la Maison Zola-Musée Dreyfus

Inauguration du Musée Dreyfus

26 octobre 2021

 

M le président de la République

Mme la ministre de la culture

Mme la ministre à l’égalité et la diversité

Mme la présidente de la région Ile de France

M le président du département des Yvelines

Mme le maire puisque c’est ainsi que vous préférez être appelée, chère Karine Kauffman,

Chère Martine Leblond-Zola,

Cher Charles Dreyfus,

Mesdames et messieurs, chers amis,

 

Le chantier est maintenant achevé. A Médan, le musée Alfred Dreyfus côtoie désormais la maison d’Emile Zola restaurée et dialogue avec elle. Un seul site pour une rencontre à la croisée de deux destins. Zola et Dreyfus, liés de leur vivant par une lutte sans concession pour la vérité et la justice, sont ici célébrés, ensemble, au nom même des valeurs pour lesquelles ils ont tant combattus.

C’était l’idée de Pierre Bergé qui fut l’initiateur dès 2002 et le principal mécène de ce projet. C’était aussi celle d’Elie Wiesel qui, avec enthousiasme, l’avait alors parrainée.

L’œuvre immense de Zola, lue à travers le monde et constamment rééditée peut se passer d’un toit. En revanche, le souvenir de l’homme, méritait d’être mieux conservé. Sa maison de Médan, remise en état et dans tout son éclat, sera après-demain de nouveau ouverte au public, permettant à qui la visite d’entrer dans l’intimité de l’écrivain, de mieux comprendre sa façon de vivre et d’y travailler au quotidien. 

L’affaire Dreyfus, reste un repère imprescriptible pour notre République, une leçon pour toute démocratie. Mais Alfred Dreyfus, celui qui ne plie ni devant ses juges ni devant l’injure, l’officier courageux et intègre, le citoyen trahi et banni, l’individu injustement humilié et calomnié, résistant stoïquement aux machinations qui l’accablent, lui n’avait droit à aucun mémorial.

C’est chose faite avec ce musée qui lui est consacré et qui célèbre les principes de tolérance, de dignité et de respect attaché à son nom.

Le sens de cette entreprise est certes de témoigner du passé mais surtout de parler aux jeunes générations tant, hélas les circonstances présentes dans notre pays en démontrent la nécessité ; tant il est vrai comme le disait Péguy que plus cette affaire est finie plus il est évident qu’elle ne finira jamais !

Pierre Bergé disparu en 2017, il nous revenait de compléter le projet. Avec Björn Dahlström, le préfigurateur, Philippe Oriol le directeur scientifique, Christophe Martin, le scénographe, Jean-Michel Rousseau, Reda Isolah, les architectes et Anne Gaëlle Duriez la déléguée générale de l’Association nous avons réalisé le musée en l’installant dans ce bâtiment construit pour accueillir des enfants malades par l’Assistance publique de Paris, légataire de la propriété de Médan à la mort de Zola.

Rien n’aurait été possible, ni le rachat de la propriété de Zola à l’Assistance publique de Paris ni la construction du musée, sans le soutien de nombreuses personnes publiques et privées que je tiens à remercier :

-le ministère de la culture,

-le ministère des armées,

-la Dilcrah,

-la région Ile de de France,

-le département des Yvelines,

-la ville de Médan

-la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent et son président actuel Madison Cox

-la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

-Mme Lily Safra 

La Maison Zola Musée Dreyfus est un lieu de mémoire, un musée mais sa vocation, je le répète et y insiste, est avant tout pédagogique. L’affaire y est traitée dans ses racines et ses prolongements d’aujourd’hui qu’il s’agisse de l’antisémitisme, du racisme et de l’exclusion, de la justice, du rôle de la presse et des médias en démocratie.

Il faut qu’après la visite à Médan, à la question posée par Zola à la jeunesse[1] dans le texte lu par Pascal Thoreau tout à l’heure « Où allez-vous jeunes gens ? » la réponse soit la même « A l’humanité, à la vérité, à la justice. »

 

Louis Gautier

[1]  Lettre à la Jeunesse 1897